Médecine traditionnelle Chinoise

1) Le Tao, le Yin et le yang

Expliquer le concept du yin et du yang par une vision manichéenne de deux opposés sera forcément réducteur. La difficulté vient du fait que la vision chinoise est à l’origine analogique et dynamique et ne peut être enfermée dans des concepts figés. Cela tient sans doute fondamentalement aux différences liées à l’apprentissage de l’écriture et au raisonnement qui en découle.

Le Chinois d’il y a deux mille ans était un observateur de la nature et tirait de ses observations des lois communes au monde végétal et animal mais aussi minéral et céleste. La principale loi qu’il observa fût que la Terre était soumise à l’influence du Ciel par l’intermédiaire du mouvement des saisons.

Ainsi, tous les êtres vivants sont soumis en hiver à la loi du retrait physiologique et en été à l’épanouissement des fonctions corporelles. Mouvement de retrait du sang de la périphérie aux organes, de la sève qui va des feuilles aux racines en hiver, mouvement qui s’inversera en été, pour aller du centre vers la périphérie. L’Eté est la saison de l’épanouissement et de la mise en évidence de ce qui est caché et latent.

D’un point de vue physique on peut expliquer le Tao comme étant la métaphore de la course du soleil vue par un observateur immobile tourné vers le sud. Ainsi, le matin à 6 heures il voit le soleil se lever à sa gauche (l’est) et à 18 heures, il le voit se coucher à sa droite (l’ouest). Entre deux il y a eu midi, moment du feu, là où il a fait le plus chaud et où la lumière était à son maximum. A l’autre extrémité on trouvera minuit là où on ne peut plus distinguer les choses par manque de lumière et où tout est en repos.

D’un point de vue plus énergétique et aussi plus poétique, on peut prendre pour base un des textes essentiels du Tao-te-king :

De la voie nait un
D’un deux
Et de deux trois
Trois engendrant dix mille
Dix mille porte Yin à dos, yang en ses bras
Puisant harmonie à leurs souffles
Qui veut être orphelin, esseulé, indigent ?
Ce sont noms que se donnent les princes
Qui gagne perd et qui perd gagne

Tao–tê-king
Lao-tzeu

Au départ, il y a un fond insondable qui à l’état latent contient tout ce qui n’est pas encore manifesté…

Puis apparaît une tension qui prend son appui sur ce fond…

A son commencement la tension est au maximum, c’est l’œil rouge inscrit dans le noir et la pointe du mouvement du Yang inscrite en bas du Tao. Puis cette tension se relâche en se distendant et prend de plus en plus de place dans le cercle pour aboutir au yang finissant, le demi-cercle en haut du Tao. A ce moment, la tension s’est complètement distendue et le mouvement de montée ne peut que redescendre…. Là s’inscrit le yin en réponse. La descente sera donc proportionnelle à la montée.

Dans la rencontre de ces deux mouvements complémentaires va s’inscrire la vie donc un être nouveau qui est le résultat de la complémentarité du yin et du yang (Complémentarité plus ou moins harmonieuse). Puis à partir de là, les « dix mille êtres », c’est-à-dire la multitude des êtres vivants sur la Terre.

Ces dix milles êtres sont tous régis par la loi du yin et du yang autant au niveau physique que comportementale.

Wu Xing (5 éléments, 5mouvements ou 5 croisées des chemins)

La notion des cinq mouvements ou cinq éléments est en réalité un approfondissement des notions de Yin et de Yang :

À l’endroit le plus Yin , c’est-à-dire en bas du Tao on va trouver l’Eau et au sommet du Tao, à l’endroit le plus Yang on va trouver le Feu.

Ces deux éléments sont le Yin de Yin et le Yang de Yang, Les deux extrêmes où l’identité atteint son apogée, l’endroit où l’énergie s’inverse mais la forme ne change pas.

Ce sont les deux seuls endroits du Tao que l’on peut considérer comme statiques. Ils représentent respectivement Minuit et Midi, Le Nord et le Sud, Les solstices d’hiver et d’été, la profondeur la plus secrète et la surface la plus apparente, la matière la plus compacte et le gaz le plus éthéré, le féminin et le masculin, la contraction et l’expansion…

Entre ces deux pôles vont s’inscrire deux mouvements :

Un mouvement ascendant et centrifuge lié à l’énergie du bois et un mouvement descendant et centripète lié à l’énergie du métal.

Le Bois correspond au printemps et au début de la journée, c’est le Yin de Yang, le moment où la sève des végétaux quitte les racines pour gagner les branches et les feuilles, c’est une tension qui prend son origine dans le bas du Tao, là où les forces se sont régénérées, au plus yin du yin. C’est un mouvement de vitalité qui ne doit pas être contraint et s’exprimer librement sous peine de pathologies souvent liées au feu. C’est la force de la jeunesse liée à l’activité dans tous les sens du terme, la générosité et l’ouverture aux autres, la faculté d’entreprendre basée sur du concret, la relation au sens large du terme.

L’image la plus proche de l’identité du bois est celle d’un arc que l’on tend (mise sous tension liée à la souplesse du végétal et inscrite dans une verticalité)

Le métal correspond à l’automne et à la fin de la journée,c’est le yang de yin, le moment où la sève retourne vers les racines pour affronter la rigueur de l’hiver, c’est un relâchement qui va permettre le repos et la thésaurisation de l’énergie. C’est le moment de l’intériorisation et des bilans, celui de la justice où l’on tranche entre ce que l’on garde et ce dont on se sépare. C’est une période de l’année où l’on engrange, période de repli sur soi qui va en réponse à la générosité du printemps.

Le métal est fondamentalement dur et compact mais peut être rendu malléable par l’action du feu.

Le cinquième élément, la terre, est l’élément du centre, celui du témoin. D’un point de vue physique et géographique, nous sommes la terre autour de laquelle se meuvent les autres éléments. D’un point de vue physiologique, rien ne pourrait se faire sans l’intervention des quatre autres éléments (montée, descente, extériorisation, intériorisation)

La Terre est l’élément incontournable qui donne leur existence matérielle aux autres, celui qui permet de laisser une trace, une empreinte, un témoignage sur ce qui s’est passé. Les quatre autres éléments ne communiquent entre eux que par l’intermédiaire de la Terre. Ainsi, à la fin de chaque saison, s’inscrit une période de 18 jours liée à l’énergie de la Terre, passage obligatoire pour passer d’une qualité énergétique à une autre, mais aussi mise en mémoire de ce qui s’est passé. C’est l’assimilation et la digestion au sens large du terme.

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